Un lieu où se mêle passé, présent et avenir

Un site exceptionnel et fragile

 

L’origine des hortillonnages n’a jamais été définie avec précision.

Cependant, certains manuscrits révèlent que les hortillonnages datent de I’époque romaine et que le nom d’hortillon fut donné par les soldats de César aux jardiniers de ces lieux. II y a 2000 ans, ce site lacustre était donc déjà uti¬lisé pour la production de ruits et légumes qui étaient destinés à Amiens. C’est également au XIIIe siècle que ce lieu a été mis en valeur avec l’extraction de la tourbe qui servait alors de combustible. La légende raconte que deux hortillons firent don du « champs des artichauts » sur lequel fut édifiée la Cathédrale d’Amiens, dont la construction commença en 1220 pour s’achever 50 ans plus tard. On peut en effet remarquer, au-dessus de la porte du puits de l’oeuvre, les têtes de deux pieux hortillons (la femme porte la guimpe, coiffe du XIIIe siècle et l’homme le petit béguin). Les bas-reliefs illustrent également les traditions maraîchères : une des des stalles représente une hortillonne et ses « mandes », une « mande », en picard étant une manne, c’est-à-dire un panier dans lequel étaient placés les légumes pour les vendre au figurines marché.

 

Un site amménagé par l’homme

 

L’origine des hortillonnages est liée au régime hydraulique d’un site paludéen traversé par la Somme et ses bras, où allait s’établir Samarobrive, c’est-à-dire Amiens.

Naturel à son origine, ce site a été aménagé par les hommes en jardins pour la culture maraîchère et aussi exploité pour l’extraction de la tourbe à usage de combustible, et il y a souvent confusion dans le vocabulaire utilisé par nos contemporains qui parlent volontiers des hortillonnages comme un site naturel, c’est-à-dire sans l’intervention de l’homme.

Quel était le périmètre des hortillonnages du temps de Samarobrive ? Nous n’avons pas de document pour répondre à cette question qui relève de la géographie antique.

Quelques dates principales sont retenues pour montrer le développement de l’urbanisation autour des hortillonnages :

  • 1542 – Plan du cours de la rivière de la Somme
  • 1713 – Les hortillonnages s’étendent à l’Est des fortifications de la ville
  • 1858 – Une frange d’hortillonnages existe encore au Nord-Est de la ville
  • 1973 – L’extension du domaine bâti d’Amiens, de Rivery et de Camon ainsi que les voies de la S.N.C.E ont enfermé les hortillonnages dans l’agglomération urbaine.

 

Autrefois aménagé pour la culture maraîchère, le site des hortillonnages connaît depuis quelques décennies une mutation : de nombreuses parcelles n’ont plus été cultivées, et ont été rachetées par des particuliers pour être aménagées en jardins d’agrément accessibles en barque. Si aujourd’hui, quelques unes des plus grandes sont encore exploitées professionnellement par des hortillons/maraîchers, les jardins d’agrément sont complétés par des constructions individuelles de dimensions et d’aspects divers.

La nouvelle occupation humaine des sols voit une débauche d’initiatives généreuses de la part des propriétaires territoriaux souvent mal informés sur les contraintes physiques et architecturales du site. Face à ce constat, l’avenir des hortillonnages fit l’objet d’analyses ; les conclusions, portant sur leur aspect économique, tendaient à les laisser disparaître. Un projet de routes à grande circulation continuant l’axe Est-Ouest à l’intérieur du site et comprenant également une zone de loisirs navigable ouverte au public hit élaboré. Ce projet retarda l’approbation du schéma d’aménagement et d’urbanisme d’Amiens qui dut être modifié pour conserver le ; périmètre du site à l’écart d’un développement routier.

La nature du site, sa fragilité, la limite de l’urbanisation sur sa périphérie, les espaces de transition, les installations recevant le public constituent le constat qui peut être dressé aujourd’hui à partir de l’historique du site jusqu’à son évolution à ce jour.